revues de mangas
Amer Béton
Fiche d’identité :
Titre : Amer Béton
Auteur : Tayou Matsumoto
Editeur : Tonkam
610p, faut pas se le faire tomber sur le pied
Style : sales gosses
L’histoire :
Noiro et Blanko sont deux orphelins vivant dans les rues de Takara. Les choses changent et progressivement Takara connait la montée en puissance de nouveaux truands venus de l’extérieur. Nos deux jeunes garçons se retrouvent donc pris au milieu de tous ces changements.
Ce que j’en ai pensé :
L’histoire d’Amer Béton est on ne peut plus simple et classique. Luc Besson aurait pu en écrire la trame : des jeunes, des yakusas, des courses poursuites, des flics à la limite de la légalité etc. Mais sans Audi et sans gros noir. Matsumoto réussit à insuffler au tout un petit plus qui fait que ça passe bien. En effet, il donne la hauteur à tout cela car l’histoire de ces deux jeunes garçons est aussi l’histoire de Takara (la ville pour ceux qui ne suivent pas). Ils en sont l’incarnation physique et psychologique (si si, lisez bien).
Ensuite, le dessin est surprenant. D’une part parce que très loin du trait que l’on peut voir dans la moyenne des autres mangas (avec une forte inspiration européenne). D’autre part parce que l’on trouve très régulièrement des détails surprenants / fantaisistes au point que l’on ne sait pas où se situe la limite enter le rêve et la réalité.
Enfin, les personnages sont attachants. Progressivement, Matsumoto rend ses personnages humains / profonds. On aime ou on aime pas, mais l’idée de faire de Noiro et Blanko un seul esprit dans deux corps différents passe bien et permet de les mettre en valeur encore mieux.
En conclusion :
Pas un indispensable, mais une bonne lecture à faire au coin du feu
Graphisme : 7/10. Ca peut paraître moche, mais un gros travail graphique a été fait et rien ne semble avoir été laissé au hasard
Histoire : 4/10. Rien de bien originale : des jeunes qui se castagnent avec des méchants yakuzas
Narration : 5/10. Maîtrisée mais avec peut-être une longueur sur la castagne finale
Note totale : 6/10. Ce qui aurait pu être un divertissement pour adulte s’avère être finalement une histoire assez correcte avec plusieurs niveaux de lecture
Biomega
Fiche d’identité :
Titre : Biomega
Auteur : Tsutomu Nihei
Editeur : Glénat
192p
Style : k 2000 à deux roues contre le virus
L’histoire :
3005, l’homme retourne sur mars après 700 ans d’absence. Des cosmonautes trouvent sur place une femme vivante juste avant que l’on ne perde contact avec eux. L’un d’entre eux est retrouvé un peu plus tard en orbite autour de la Terre à disséminer des spores qui rendent les gens malades.
Zoichi Kanoe est envoyé par Tao Industrie sur l'île artificielle de 9J0 pour faire le ménage et retrouver des survivants suite à la propagation d’un virus. Il doit se dépêcher car sous 15 heures, le virus aura envahit toute la terre. Pour arriver à ses fins, il aura l’assistance d’une moto version Akira munie d’une intelligence artificielle du tonner ainsi que des armes qui ne sont pas en reste pour autant.
Ah ui, détail important : Zoichio va sympathiser avec un ours qui parle.
Ce que j’en ai pensé.
On retrouve bien notre Tsutomu Nihei : dessin sombre et très travaillé, action de très haut niveau, corps objets sujets à mutations et décors gigantesques même si dans une moindre mesure que dans Blame. Je ne vais pas faire une redite de ma fiche sur Noise car l’essentiel y est déjà. On retrouve tout dans Biomega en mieux et plus mâture, comme un bon vin qui aurait bien vieillit avec le temps.
L’histoire n’en est qu’à son tout début mais laisse augurer le meilleur. Les victimes du virus ne sont pas sans rappeler les sauvegardes de Blame et de Noise. Le héros aussi avec des cheveux plus courts. Mieux, les paroles d’une des sauvegardes pourraient d’avérer révélatrices « Notre plan d’épuration de la race humaine est en marche. Il ne restera qu’une race supérieure ». De là à faire de Biomega le lien entre Noise et Blame, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas pour l’instant.
Un dernier point d’importance : la difficulté de lecture. Comme à son habitude, Nihei ne nous facilite pas la vie : multiplication des personnages, histoire passée racontée par très fines couches, ellipses dans la narration etc. etc. etc.
Vivement les prochains tomes.
En conclusion :
De la très bonne science fiction
Graphisme : 7/10. Le dessin est très soigné. Il reste à voir si Tsutomu Nihei mettra en place des décors comme il sait si bien le faire dans la suite pour augmenter cette note
Narration : 8/10. Pas de temps morts et un bon niveau d’information distribué au fur et à mesure
Histoire : 7/10. Ça s’annonce bien, mais l’intérêt reste à confirmer dans les prochains tomes.
Difficulté de lecture : 2/10. Il faut pouvoir lire jusqu’au bout.
Note totale : 7/10. De bonnes bases sont mises en place dans ce premier volume. Pourvu que cela dure.
Le vagabond de Tokyo
/http%3A%2F%2Fculturopoing.com%2Fimg%2Fimage%2Folivier%2Fvagabond.jpg)
Fiche d’identité :
Titre : Le vagabond de Tokyo – Résidence Dokudami
Auteur : Takashi Fukutani
Editeur : Le lézard noir
350p+
Style : Bukowski au Japon
L’histoire :
Ce volume est un best of des aventures de Yoshio Ori jeune homme venue de sa campagne pour Tokyo et qui vie galère sur galère.
Ce que j’en ai pensé :
Ces derniers temps, trop de Tezuka a fini par ronger mon envie de lire des mangas. Fukutani a réussit à renouveler vivement mon intérêt.
Autant commencer par la seule critique négative qui me vient à la lecture de ce manga : le dessin. Les expressions des personnages ne sont pas assez variées à mon goût. Pour le reste, c’est tout bonard.
Tout d’abord l’objet en lui-même est très bien constitué si ce n’est une possible inversion (à confirmer) entre la 1ère et la 4ème de couverture. A part ce détail, la couverture est nickel et le travail sur la biographie / bibliographie de Fukutani sont plus qu’appréciable. Si seulement tous les éditeurs pouvaient en faire de même, ce serait le bonheur pour creuser les informations sur les auteurs.
J’ai beaucoup aimé les histoires que Fukutani nous raconte ici, ces tranches de vie d’un type paumé en plein Tokyo avec un peu d’alcool, un peu de cul et beaucoup de galère. Les gens ordinaires sont tels des fourmis qui suivent un chemin sans jamais s’en écarter. Yoshio passe son temps à tourner la tête pour regarder hors de la file et tombe sur ces perles que le train train quotidien nous fait rater. Et là, attention car les plans foireux de looser ne font que ce succéder avec une petite touche d’humour pour adulte qui va bien.
En conclusion :
De bonnes petites histoires, il est juste dommage de ne pas en avoir plus
Graphisme : 6/10. Du travail soigné avec juste un regret concernant les expressions faciales
Histoire : 7/10. La nature des histoires fait que les avis ne peuvent être que tranchés. A feuilleter avant d’acheter.
Narration : 7/10. Des tranches de vie foireuses racontées avec le petit trait d’humour qui va bien, c’est que du bonheur.
Note totale : 7/10. Une bonne œuvre pour adulte qui montre l’envers du décor d’un Japon que l’on a peut-être parfois un peu trop tendance à idéaliser d’ici
Gyo

Fiche d’identité :
Titre : Gyo
Auteur : Junji Ito
Editeur : Tonkam
200p * 2
Style : pets foireux
L’histoire :
Tadashi et Kaori sont deux adolescents qui passent un morceau de vacances ensemble au bord de la mer. Je vous vois venir avec vos sourire gras au sujet de ces vacances et ben non. Tout dérape rapidement car des poissons commencent à sortir de la mer en marchant et tuent les hommes sur leur passage.
Après ça, deux histoires courtes : un père coincé sous une poutre et des gens obsédés par des fentes dans une falaise.
Ce que j’en ai pensé :
Et encore une histoire bien originale et finalement pleine d’humour de Junji Ito. Humour me direz vous, ben oui moi je dis qu’il y en a plein grâce au duo maladie / machines. Je m’explique : les animaux (hommes inclus) tombent malades les uns après les autres et produisent malgré eux même des gaz en abondance. Ces gaz sont utilisés par des sortes de machines venues du fond de l’océan pour se mouvoir. En effet, les poissons ne marchent pas tout seuls mais parce qu’ils reposent sur des machines à pates qui utilisent comme carburant les fameux gaz. Les poissons et les hommes servent donc de réservoir avec des tuyaux dans la bouche et dans le cul pour collecter les gaz. La classe à Dallas.
Bon vous avez le tableau : des animaux qui pètent sur des machines et qui tuent des hommes. Ce tableau ne serait pas complet sans la volonté. Ben ui : avoir des gaz pour se mouvoir, c’est une chose, mais tuer des animaux ça demande un minimum de réflexion : l’homme n’est pas toujours si bête que ça et il cherche à s’enfuir et. Les victimes des machines gardent un semblant de volonté et mais sont-elles totalement victimes ou bien bourreau dans ce grand théâtre de massacre ? On ne le sait pas complètement.
Enfin, graphiquement parlant, Gyo se situe légèrement au dessus de la moyenne des titres de Junji Ito avec quelques particulièrement bien réussis, notamment celui du cirque
En conclusion :
Pas l’histoire d’horreur de l’année mais un bon divertissement
Graphisme : 7/10. Du bon Ito avec une mention spéciale pour le passage dans le cirque
Histoire : 6/10. Des poissons tueurs, pourquoi pas mais le tout est réhaussé par ces histoires de volonté conservée ou non.
Narration : 6/10. Simplicité et efficacité même si au final l’histoire met du temps à démarrer.
Note totale : 6/10. Un bon livre du dimanche soir
Sarutobi

Fiche d’identité :
Titre : Sarutobi
Auteur : Ozamu Tezuka
Editeur : Cornelius
330p
Style : du poil aux roses
L’histoire :
Sasuke Sarutobi est un jeune ninja immature. Pour lui faire comprendre la vie, son maître lui suspend son permis de magie et le voilà bien dépourvu face aux épreuves de la vie qui se présentent à lui.
Ce que j’en ai pensé :
Autant être clair, Sarutobi n’est pas le manga de l’année à mes yeux car l’histoire et la narration n’ont pas grand-chose d’exceptionnel.
Trois points positifs cependant :
Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un Tezuka avec autant d’humour. A vrai dire, je crois même que c’est le plus emprunt d’humour que j’ai pu lire de lui. Pas de quoi s’esclaffer mais force est de reconnaître que l’œuvre fait bon nombre de clins d’œil humoristiques et culturels avec succès souvent.
Ici nous avons un dessin de Tezuka à une époque intermédiaire entre les courbures du début de carrière et le souci du détail et de précision de la fin de carrière. Les références au trait de Walt Disney sont aussi très fréquentes.
Dernier point intéressant dans cette œuvre : la magie des ninjas. Tezuka joue avec les capacités de ses héros en laissant volontairement la frontière entre magie et tour de passe-passe floue. Tout est si bien qu’au final on ne sait pas où est la vérité et je suis resté sur ma faim car j’aurais voulu en savoir plus sur ces tours de « magie ».
Le reste est à oublier.
En conclusion :
Bon ben encore une histoire de passage à l’âge adulte.
Graphisme : 5/10. Ni bon ni mauvais.
Histoire : 5/10. Ben bif bof .
Narration : 4/10. Rien d’exceptionnel là non plus.
Note totale : 5/10. Pour les fans voulant creuser le sujet Tezuka uniquement. Attention au prix : l’objet est beau mais 19€ pour un manga, ça commence à faire cher.
kirihito
v
Fiche d’identité :
Titre : Kirihito
Auteur : Ozamu Tezuka
Editeur : Delcourt
Autour de 800p en 4 volumes
Style : allongez vous et parlez moi de votre mère
L’histoire :
Osanï travaille dans les équipes du professeur Tatsuga'ura sur une maladie appelée Mnomo. Rien d’originale si ce n’est que cette maladie donne aux personnes qui en souffrent l’apparence d’un chien avant d’en mourir. Parti en étude dans un village isolé, Osanaï fini par attraper la Mnomo à son tour…
Ce que j’en ai pensé :
A mes yeux, le vrai sujet de Tezuka ici est non pas l’histoire mais les personnages. Quatre sont intéressants.
Les femmes tout d’abord. Je n’en distingue pas une en particulier car elles ont toutes le même rôle ou presque ici. Le rôle que Tezuka leur offre ici n’est pas des plus gratifiants. Soit elles encaissent des baffes comme dans Barbara ou Ayako sans rien dire soit elles sont les maîtresses aimantes des hommes. Rien d’autre. Je ne connais pas le statut de la femme au Japon à l’époque où tezuka a écrit ses histoires, mais elles sont parfaites pour le prochain Noir Désir.
Le professeur Tatsuga'ura dans le rôle du vieux et Osanaï dans le rôle du jeune sont encore une fois chez Tzeuka le symbole de l’opposition entre deux génération au japon. Le schéma est classique, mais le développement de l’opposition entre modernité et tradition au Japon est bien fait et crédible. Les personnages sont entiers et sont prêts à tout pour arriver à leurs fins. En les voyant s’affronter à distance tous les deux comme ça, j’ai eu l’impression de me retrouver au boulot avec certains anciens collègues.
Enfin, Urabe est le plus intéressant de tous à mes yeux. Coincé entre tous les autres personnages, il finit par perdre la tête et son évolution est remarquablement bien travaillée. Tezuka le fait glisser de manière très juste du côté obscure et joue en le présentant tantôt sous ses aspects positifs tantôt sous ses aspects moins glorieux. Je ne rentrerai pas dans le détail ici, mais il s’agit là de l’un des personnages les mieux travaillés dans tout ce que j’ai pu lire de manga.
Dernier point intéressant dans cette œuvre : le graphisme. D’une part, nous trouvons des plans proches du cinéma. Certes, on atteint pas ici encore le niveau d’un Lady Snowblood, mais il y a
quelques idées très bien senties. D’autre part, tezuka a effectué un très bon travail pour faire varier son trait et pour disposer ses cases. Vous pouvez me dire que bon des cases, c’est des
cases, mais là on trouve plein de petites nouveautés intéressantes qui permettent très bien d’illustrer ses idées et de compléter le message donné par une expression, un geste de personnage.
En conclusion :
Une très bonne surprise avec un très bon travail narratif et graphique.
Graphisme : 8/10. Du Tezuka de très bonne facture avec un trait maîtrisé lui aussi et surtout une disposition des cases et des plans qui viennent compléter le message de manière très efficace.
Histoire : 7/10. Ce n’est pas le cœur du sujet ici mais on va dire que la bataille à distance entre Tatsuga'ura et Osanaï est intéressante.
Narration : 6/10. Tezuka fait évoluer ses personnages de manière très mâture.
Note totale : 7/10. Un bon Tezuka bien solide tant pour ses personnages que son graphisme
Un zoo en hiver

Fiche d’identité :
Titre : Un zoo en hivert
Auteur : Jiro Tanigushi
Editeur : Casterman
232p
Style : passage à l’âge adulte
L’histoire :
Hamagushi s’ennuie. Son travail à Kyoto ne correspond pas à ses attentes et au lieu de suivre ses collègues au baseball, il passe son temps libre seul à dessiner au zoo. Un jour il se décide à aller rendre visite à un ancien camarade de lycée à Tokyo qui lui fait faire un essai en tant qu’assistant mangaka. Un mois plus tard, il s’installe à Tokyo pou commencer une nouvelle carrière.
Ce que j’en ai pensé :
Un bon Tanigushi après mon assez forte déception suite à la lecture de l’homme de la toundra. Les deux sujets clef de ce volume sont à mes yeux l’envers du décor du monde du manga et le passage à l’âge adulte.
Les opportunités de connaître l’envers du décor de la production de manga sont finalement assez rares en France alors forcément, là j’ai sauté sur l’occasion. Que découvre-t-on ? Et bien tout d’abord un mode de production très différent de chez nous. Si en Europe, deux voire trois personnes travaillent sur une BD et mettent un an à la sortir au Japon on trouve des équipes entières de personnes. Aussi bien organisé qu’une fabrique d’épingles, un studio est composé de spécialistes : un pour les personnages, un pour les décors, un pour les ombres etc. Plus l’équipe est grosse, plus on trouvera des gens spécialisés. Et surtout, les délais ne sont pas les mêmes car il faut produire les planches pour être publié dans des magazines à un rythme pouvant être hebdomadaire.
Deuxième découverte : les gens qui travaillent dans ce milieu qui sont coincés entre un boulot très prenant, le besoin de se changer les idées et le rêve de produire ses propres œuvres. Concilier tout cela n’est pas évident voire même impossible. Il faut arriver à choisir ses priorités et ce n’est pas une chose aisée quand on a dix huit ans. Ayons une pensée émue pour Myazaki qui a préparé Nausicaä le soir en rentrant chez lui entre 2h et 3h du matin.
Enfin et surtout, Un zoo en hiver nous parle du passage à l’âge adulte. Notre jeune Hamagushi se pose des questions sur le sens à donner à sa vie en conciliant à la fois attentes de la famille, travail, découverte de l’amour et du monde des adultes et la poursuite de ses rêves. Ça en fait des choses et il faut bien reconnaître qu’il s’en tire très bien, tous ces thèmes sont abordés avec un tact et justesse que j’ai rarement vu.
En conclusion :
Un manga juste dans son approche du passage a monde adulte
Graphisme : 6/10. Simple et efficace avec quelques planches bien détaillées comme il le faut.
Narration : 8/10. Les sujets sont tous abordés avec beaucoup de justesse.
Histoire : 7/10. Bon sujet abordé avec beaucoup de justesse.
Note totale : 7/10. Un bon Tanigushi qui aborde son sujet avec beaucoup de sérieux et de tact. Vivement le prochain.
Mes voisins les Yamada vol 1, 2 & 3

Fiche d’identité :
Titre : Mes voisins les Yamada vol 1, 2 & 3
Auteur : Hisaichi Ishi
Editeur : Shampoing
340p et plus fois 3.
Style : Vie quotidienne d’une famille japonaise
L’histoire :
Pas vraiment d’histoire mais des strips verticaux de quatre cases racontant un petit morceau de la vie de ces japonais.
Ce que j’en ai pensé :
J’ai acheté ce volume par curiosité après avoir entendu parler de cette famille pendant des années. J’ai donc fait l’achat de ces deux premiers volumes pour voir ce que ça donnait.
Tout d’abord, il faut bien reconnaître que le mécanisme de ces histories est bien huilé : développement sur trois cases et chute humoristique sur la quatrième. Le tout fonctionne assez bien et je me surpris plusieurs fois à sourire à la dernière case. Mieux, le « truc » dur et marche toujours au bout du troisième volume. Au bout d’un moment, le jeu consistait pour moi à essayer de deviner cette chute.
Les personnages sont peu développés à chaque fois, mais comme pour Blackjack, les petites touches successives donnent à chaque fois un peu plus de relief à la personnalité des différents protagonistes.
Bien entendu, il ne s’agit pas grandes fresques à la Tezuka mais ce sont ces petits moments quotidiens qui font que l’on s’attache assez vite à cette famille. A méditer en ces temps de téléréalité où l’ont met en scène des gens normaux pour vendre du Breitz Cola. Comme du Gary Larson, les pages des Yamada se dégustent à petite dose afin de faire durer le plaisir et de pouvoir déguster une autre œuvre construite sur plus de pages en parallèle.
Plus encore que ce à quoi je m’attendais, Mes voisins les Yamada est une bonne occasion de se familiariser à la culture japonaise avec mentions régulières aux sports (sacrée grand-mère fan de Sumo et de baseball), aux plats (ça donne faim, pas autant que dans le gourmet solitaire, mais quand même), aux fêtes et tracas quotidiens.
Après trois volumes, je mettrai juste un petit bémol au début du deuxième tome pour cause de manque d’originalité. C’est dommage à dire, mais à un moment, j’en ai eu marre des séries où la mère se demande ce qu’elle va faire à manger. Ce n’est qu’un détail, mais ça m’a un peu agacé dans le sens où je m’attendais à un peu plus d’originalité. Cela étant dit, rien de grave, le tout reste très plaisant.
En conclusion :
Une bonne tranche de vie bien racontée.
Graphisme : 1/10. Vite fait, mal dessiné. A des années lumière de ce qu’un Bill Waterson a pu développer sur ce type de format avec Calvin et Hobbes.
Narration : 7/10. Simple et efficace, le mécanisme de narration marche très bien.
Histoire : 7/10. Pas une histoire mais plein de petites touchent qui finissent par faire un tableau.
Note totale : 7/10. A lire soit pour l’humour soit pour découvrir un peu plus la vie des japonais.
Akira

Fiche d’identité :
Titre : Akira
Auteur : Otomo Katsuhiro
Editeur : Casterman
350p+ 6 fois
Style : que la force soit avec toi, mais fais quand même gaffe.
L’histoire :
Des bandes de jeunes tokyoïtes à moto passent leur quotidien entre bagarres et ennui. Un soir, la bande de Kanéda s’en prend à celle du Clown. Tout se passe bien à coups de barre de fer dans la tête quand soudainement un enfant apparait sur la route et cause l’accident de Tetsuo, un des compagnons de Kanéda. Rapidement, l’armée arrive sur place pour récupérer l’enfant et Tetsuo qui sera alors soumis à des tests / expériences, on ne sait pas trop en fait.
Et là, les choses s’emballent car les expériences des militaires sur Tetsuo révèlent un grand pouvoir en lui qui ne cesse de croitre et qu’il aura de plus en plus de mal à maîtriser : il commence par casser des verres à distance puis s’en prend à des porte avions, non mais je vous jure, ces jeunes ne savent plus rien respecter.
Et Akira dans tout ça ? Ben ui, parce que le bouquin porte son nom et on a pas encore entendu parler de lui pour l’instant. Il s’agit d’un enfant ayant connu les mêmes expériences que Tetsuo plusieurs années auparavant et qui a causé la destruction de Tokyo en utilisant cette même force. La montée du pouvoir de Tetsuo fini par le réveiller.
Ce pouvoir grandissant de Tetsuo est un danger pour tous et une course contre la montre s’engage pour le tuer avant qu’il ne perde le contrôle de lui-même.
Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture.
Ce que j’en ai pensé :
Akira et moi, c’est une longue histoire. Pendant mon enfance, j’ai essayé plusieurs fois de le voir en film sans jamais y arriver. Je ne vous dis pas la frustration que ça a été pour moi : un bout de film par ici et un par là mais jamais au complet. J’ai bien du mettre dix ans pour le voir complet dans de bonnes conditions. Internet n’était pas encore là.
Première chose marquante dans Akira : l’action. Ici, nous avons le droit à du grand art car Otomo la met en place à plusieurs niveaux :
Le rythme de l’histoire est plus que soutenu tout du long : il se passe tout le temps quelque chose. Ce rythme est impressionnant car il dure sur plusieurs centaines de pages sans faiblir, un peu comme lors du final de Brazil. Avec cependant un gros bémol qui est qu’au bout du compte il se passe beaucoup de choses sans que l’histoire n’avance beaucoup au cours des trois premiers volumes un peu comme dans les derniers épisodes de Berserk.
Tetsuo et Akira ont une palette de pouvoir bien fournie qui ne cesse d’impressionner tant par sa diversité que par la puissance qu’ils dégagent. Pensez vous, ils arrivent à détruire une ville de plusieurs millions d’habitants en un rien de temps et je ne veux pas spoiler le reste. Le changement de braquet par rapport à Dômu est flagrant et complètement maîtrisé. Tant mieux, la lecture n’en est que plus agréable.
Deuxième point marquant à mes yeux est le monde qu’Otomo a réussit à créer dans son œuvre. Comme dans son anthologie, on retrouve une vision très pessimiste d’un futur coincé entre corruption, violence et ennuie. Mieux, la couche fantastique ajoutée par les pouvoirs de nos jeunes adolescents pourrait faire tiquer mais ici non car elle s’emboite naturellement dans l’ensemble et sans maladresse à mes yeux. On est loin d’un Matrix qui m’avait tiré quelques bons sourires à l’époque du fait de sa mauvaise maîtrise des clichés du genre.
Là encore, le décor devient à mes yeux un personnage de l’histoire d’une part grâce à sa dimension tout simplement gigantesque et d’autre part grâce à son remodelage constant On n’est pas encore au même stade qu’un bon Blame des familles où le décors se construit lui-même pour atteindre des proportions plus qu’humaines, mais on tient là un quelque chose qui ne laisse pas indifférent.
Les personnages sont plutôt bien développés à mon goût. Otomo réussit à les rendre humains et à leur donner la densité qu’il manquait à ceux de Dômu. Chacun des personnages clef possède sa propre histoire qui influence ses actes présents. Nous ne connaissons pas le parcours de chacun dans le détail, mais on en devine au moins les grands traits.
De plus, aucun manichéisme dans les portraits de chacun. Chacun pense bien faire à son niveau et on finit par découvrir des personnages beaucoup plus nuancés que ce que l’on pouvait croire au début. Clap clap des mains par exemple pour Tetsuo qui connait plusieurs évolutions au cours du récit avec toujours beaucoup de justesse / finesse.
Enfin, je ne peux pas ne pas m’attarder sur la trame de l’histoire et sur la Force. Pour ceux qui ne veulent pas m’accuser de spoilage sautez ce paragraphe pour la fin. Sinon, ben continuez à la ligne suivante.
La Force est une sorte de rivière / flux qui entoure toute vie, toutes les vies. Les gens ordinaires ne se rendent pas compte de son existence, Akira et les autres cobayes ont conscience d’elle et peuvent plus ou moins interagir avec. Nous n’en savons pas plus. Est-ce un bien ou un mal, je ne sais pas mais en tout cas l’approche de ce sujet permet de donner un peu plus de relief au tout que ne pouvait en avoir Domû.
En conclusion : Un bon sujet d'action avec en plus de la bonne réflexion des familles.
Graphisme : 6/10. Le trait s'affine progressivement.
Narration : 7/10. Bon rythme d'action, mais l'histoire n'avance que trés lentement. Le tout n'est pas assez équilibré.
Histoire : 4/10. Bon ben rien de spécial de ce côté là : des jeunes, des militaires, des bagares
Note totale : 7/10. Un bon manga d'action avec des personnages trés bien travaillés
L'école emportée

Fiche d’identité :
Titre : L’école emportée
Auteur : Umezu Kazuo
Editeur : Glénat
1800p+ sur 6 volumes
Style : la survie est un sport de combat
L’histoire :
Tout se passe bien pour le jeune Shô : sa mère s’occupe de lui au mieux et il veut lui faire une surprise en lui achetant une montre avec ses économies. La loi de Murphy étant ce qu’elle est, quand les choses commencent à mal aller, rien ne peut arranger la situation : la montre se fait écraser par une voiture, une dispute éclate entre fils et mère et l’école de notre cher Shô se retrouve soudainement transportée au milieu de nulle part et une course pour la survie commence dans un monde hostile.
Ce que j’en ai pensé :
Au gré de mes lectures, j’ai beaucoup entendu parler de cette œuvre et je me suis donc décidé à y jeter un œil.
Trois thèmes ont retenu mon attention dans cette histoire.
On assiste actuellement à une relative prise de conscience des problématiques liées à l’écologie et ce manga vieux de 11 ans aborde « déjà » ce sujet. Sans déflorer un des sujets de l’œuvre, notre cher Umezu aborde la chose avec un certain tact et reste toujours d’actualité.
Autre sujet important de cette série : la vie de groupe. A part quelques ermites cachés dans la montagne ou quelques japonais qui vivent reclus dans leur chambre, nous sommes tous habitués à vivre en groupe. Un client de la RATP qui a l’habitude de prendre certaines lignes de RER vous dira même que ce groupe est une source de sécurité et de réconfort mais là, je m’éloigne de mon sujet.
Ici, la perte des repères traditionnels (école délocalisée non pas en Roumanie mais au milieu de nulle part et adultes absents et / lâches) fait que le groupe devient à la fois le meilleur allié et le meilleur ennemie de chacun. En dehors du groupe, point de survie et à l’intérieur du groupe, la menace est toujours présente et des débordements réguliers conduisent à des morts. « L’école emportée » propose une lecture de cette vie de groupe en des circonstances exceptionnelles avec les réactions des gens qui fluctuent sans raisons apparentes. Chacun essaye de faire de son mieux mais l’intérêt individuel n’est pas toujours celui du groupe.
Dernier point qui m’a semblé important est celui du leadership. Malgré son jeune âge, Shô prend la tête de tout le groupe le mène sur le bon chemin malgré les difficultés qui se présentent. Je ne vous ferai pas le détail ici de tout ce qu’il fait et de son savoir être mais à mes yeux, cette histoire est bien plus intéressante que beaucoup de livres de self help qui encombrent les étagères des librairies anglo-saxonnes.
En conclusion :
Une œuvre qui aborde plusieurs sujets : écologie, leadership, vie de groupe
Graphisme : 5/10. Un poil daté mais cela n’est gênant en rien. Quelques bonnes trouvailles concernant certains environnements et la faune locale.
Narration : 6/10. Peut-être le point faible de l’ensemble à mes yeux. L’histoire dure peut-être trop longtemps et des mécanismes de narration sont utilisés plusieurs fois supprimant tout effet de surprise.
Histoire : 7/10. Bonne histoire encore d’actualité 11 ans après son écriture.
Note totale : 7/10. Un bon petit manuel de survie et de sensibilisation écologique.